Plaidoyer pour une modernisation du secteur agricole au Bénin

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Coupe du monde

Cossi, un producteur agricole de la région de Allada, consulte son téléphone portable pour activer à distance son système automatisé d’irrigation. Il se connecte ensuite à une application de location de machine agricole en ligne pour louer une moissonneuse batteuse pour le compte de sa coopérative. Puis, à travers un site web, il informe de potentiels acheteurs sur la production qu’il espère dans quelques mois. Il pourra ainsi vendre au meilleur prix, fera des économies substantielles, et pourra acquérir un autre domaine pour développer son exploitation.

Cette vision relève largement encore d’une utopie au Bénin pour le commun des agriculteurs.

Pourtant, les technologies existent déjà, en Afrique, et même parfois au Bénin, pour moderniser la pratique agricole par l’usage d’outils numériques les plus modernes. Le système d’irrigation évoqué ci-dessus est expérimenté au Niger, grâce à la start-up Tech-Innov avec sa technologie Télé-Irrigation. Au-delà de la gestion à distance de l’irrigation, le système offre l’accès à des données météorologiques pour l’agriculteur. Au Togo, la start-up e-agribusiness offre diverses plates-formes d’accès au marché aux agriculteurs : call center, services par SMS, etc. Elle vient d’être cooptée par le gouvernement togolais dans le cadre du projet MIFA, pour fournir à chaque agriculteur une carte biométrique qui leur permettra de bénéficier plus facilement de financement et d’assurance agricoles. En Ouganda, la start-up Ensibuuko met à disposition des coopératives agricoles une plate-forme de gestion financière, utilisant le mobile, qui modernise le travail de ces acteurs et leur permet de mieux offrir du crédit aux agriculteurs. Et au Bénin, Global Partners vient de lancer l’usage des drones dans le secteur agricole, pour une meilleure cartographie des productions, faciliter l’identification et le traitement des maladies des cultures, etc.

Si les technologies numériques ont dans de multiples cas prouvé leur efficacité (voir les articles du magazine ICT Update du CTA) les obstacles à une adoption à grande échelle sont multiples. Ils ont notamment pour noms: infrastructures télécommunications locales inadéquates, faible mécanisation, problèmes inhérents au secteur comme le manque de routes rurales (pour l’accès au marché), le sous-investissement dans le secteur, etc. Pour ce qui concerne le Bénin, je voudrais pointer particulièrement la faible connaissance des potentialités des technologies numériques pour l’agriculture, le faible investissement dans leur adoption, ainsi que le manque de vision et d’opérationnalisation durables des projets liés à la digitalisation agricole. Depuis les années 2000, des expériences ont été mises en œuvre avec l’ex-ONASA, l’INRAB, etc., mais aujourd’hui, on semble se trouver dans une certaine vacuité dans ce domaine.

Aujourd’hui, le contexte socio-technique est sans doute plus favorable et des actions nouvelles sont lancées qui, espérons-le, seront davantage suivies et développées. Dans le Plan Stratégique de Développement Agricole 2017-2021 adopté en 2017, des actions liées à l’e-agriculture sont prévues. A l’image des cotonculteurs du centre du Bénin qui utilisent le téléphone mobile à près de 50% selon une étude, les agriculteurs béninois, surtout les jeunes, adoptent davantage les TIC. D’ailleurs, selon l’INSAE, en milieu rural, 69,3 % des ménages disposent d’au moins un téléphone portable. Des hackathons agricoles s’organisent. Dans le cadre du concours international Pitch AgriHack qui promeut l’entrepreneuriat digital dans le secteur agricole, 4 des 26 finalistes retenus cette année sont des start-ups du Bénin. Enfin, la deuxième phase du programme Approche Communal pour le Marché Agricole (ACMA) financé par les Pays-Bas, est en cours de lancement et verra différentes activités e-agricoles réalisées.

Seule une vision nationale volontariste et partagée permettra à toutes ces actions d’impacter positivement et durablement le secteur. Appelons-donc à un renforcement des synergies entre les différents acteurs, dans le cadre d’une vision nationale e-agricole pragmatique et partagée, insufflée par le gouvernement, pour une modernisation du secteur agricole au Bénin.

 

Ken Lohento

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