Initiative Climat: Comment le Rwanda a réussi à éliminer les sachets plastiques?

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Coupe du monde

En tant que pays qui aspire à une croissance économique rapide, le Rwanda s’est doté d’une vision 2020 qui vise à impliquer tous les Rwandais dans le processus de développement du pays en intégrant des stratégies de croissance verte de résilience climatique. Ainsi, le pays a réussi à éliminer les sachets plastiques. Comment cela s’est fait ?

Depuis plus d’une décennie, le Rwanda a pris une approche proactive et a mis l’environnement et le changement climatique au cœur de toutes les politiques, programmes et plans du pays. C’est l’un des premiers pays à interdire les sacs en plastique, par exemple. Et son engagement envers la restauration du paysage à l’échelle nationale est tel que chaque année, les Rwandais plantent des millions d’arbres pour protéger les forêts, les rivières et les zones humides du pays. Des actions qui visent surtout à faire du pays une nation forte avec moins de carbone dans l’air à l’horizon 2050.

Pourquoi le Rwanda a décidé d’éliminer les sachets plastiques ?

Le Rwanda n’utilise plus les  sacs en plastique depuis 2008. Le pays a complètement interdit les sachets plastiques lorsque d’autres pays du monde ont commencé à imposer des taxes sur ces objets. Les contrebandiers de sacs en plastique peuvent même être en prison. Avec la dynamique engagée par le gouvernement rwandais, il est quasi impossible de voir flotter dans les rues, suspendus sur des arbres, des sachets plastiques.

Les raisons de son interdiction

 

Le plastique a plusieurs inconvénients qui l’empêchent de devenir un élément de construction universel de la civilisation humaine moderne et, pour cette raison, de nombreux gouvernements contrôlent strictement son utilisation et créent des lois complexes qui régissent la création, le recyclage et l’impact environnemental des déchets plastiques et chimiques utilisés. En effet, le plastique est un composé polymère artificiellement créé qui peut survivre plusieurs siècles avant que la nature ne soit capable de le dégrader. Cette capacité gênante du plastique n’a pas un impact immédiat sur notre environnement, mais son déversement continu dans les mers et la terre finira par créer des problèmes pour les générations futures. Aussi, la production de plastique en constante augmentation depuis les années 1950 a réussi à saturer le monde avec des déchets de produits en plastique qui peuvent causer de gros effets sur notre environnement. La décomposition du produit en plastique peut durer plus de 400 dans le sol. Enfin, il existe des risques chimiques car non seulement la création et le recyclage du plastique peuvent causer de graves risques environnementaux, mais certains additifs infusés dans le plastique peuvent causer des dommages permanents à notre métabolisme. Les produits chimiques tels que les phtalates sont largement utilisés comme additif qui empêchent la dégradation de la structure plastique, mais ils interfèrent également avec nos niveaux d’hormones naturelles qui peuvent causer de graves problèmes aux hommes et aux femmes (diminution de testostérones chez les hommes et puberté prématurée des filles). Des risques d’étouffement : le plastique est l’un des matériaux de construction les plus populaires pour les petits objets. Ceci est plus évident dans l’industrie du jouet, où la grande majorité des jouets pour enfants est fabriqué avec du plastique. Ces jouets peuvent facilement tomber dans les mains des enfants (en particulier les bébés et les tout-petits) qui, sans le savoir, les mettent dans la bouche. Pour éviter ces accidents graves, les gouvernements ont mis en place un ensemble de règles détaillées qui obligent les fabricants à étiqueter clairement leurs produits en plastique et à avertir les utilisateurs du potentiel de choc possible. Un autre produit problématique en plastique qui peut causer des incidents  graves ou la mort sont des sacs en plastique (sacs d’épicerie ou de poubelle) qui peuvent parfois se retrouver enroulés autour des visages d’enfants, perturbant leur respiration et provoquant des accidents chez motocyclistes.

Comment le Rwanda a réussi à éliminer les sachets plastiques ?

Les pays du monde entier luttent contre les déchets plastiques, et pour les pays en développement, c’est un défi encore plus grand. À mesure que les pays se développent, les gens ont accès aux supermarchés et peuvent acheter des aliments emballés qui étaient auparavant trop coûteux. Le problème ici est que les gouvernements dans les pays en développement manquent souvent de fonds pour créer des emplois dans l’assainissement, pour nettoyer les déchets, les recycler et faire face à l’afflux de déchets plastiques provenant des nouvelles infrastructures.

Le Rwanda a déjà eu ce problème. 45% des citoyens  Rwandais vivent en dessous du seuil de la pauvreté.  Le pays sort de l’un des pires génocides de l’histoire avec plus de 1 000 000 de personnes tuées en plusieurs mois. Le Rwanda aurait pu décider d’imposer une taxe à l’image d’autres pays comme les États-Unis. Mais en lieu et place d’une telle stratégie, le pays s’est engagé à interdire les sacs en plastique après avoir eu des difficultés avec le coût du recyclage.

En effet, sachant qu’il manquait les moyens de base pour gérer durablement les déchets plastiques, le Rwanda a conçu une stratégie intelligente pour transformer l’interdiction en un coup de pouce pour son économie. Les autorités ont encouragé les entreprises qui fabriquaient des sacs en plastique à commencer leur recyclage en leur offrant des incitations fiscales. La politique a également consisté à créér un marché pour les emballages biodégradables, qui étaient pratiquement inexistants dans le pays avant l’interdiction. Après six années de mise en œuvre, la politique s’est avérée efficace, sinon parfaite. L’utilisation excessive de sacs en papier commence également à soulever des inquiétudes. Mais le simple fait qu’un pays en développement confronté à d’énormes défis a réussi à appliquer une telle législation révolutionnaire devrait nous faire penser à ce que le monde occidental pourrait atteindre si la volonté politique existait réellement.

 

5 façons dont le Rwanda travaille à la croissance verte

Outre l’éradication des sacs en plastique, le Rwanda protège également son environnement par différentes incitations. Alors, qu’est-ce que le Rwanda fait pour protéger l’environnement? Voici quelques faits saillants.

  1. Des emballages biodégradables

La mission du Rwanda visant à maintenir un environnement propre et sain a été lancée depuis 2008, lorsqu’il a interdit l’utilisation de sacs en plastique et de matériaux d’emballage non biodégradables. À ce jour, les Rwandais utilisent uniquement des sacs en papier, tissu, feuilles de banane et papyrus, entre autres matériaux biodégradables. Cela a marqué une différence. L’interdiction des sacs plastiques a valu au pays une réputation d’être l’un des pays les plus propres d’Afrique. En 2008, la capitale du Rwanda, Kigali, a été déclarée l’une des villes les plus propres d’Afrique par ONU Habitat. Elle a également créé des opportunités pour les entrepreneurs qui ont investi dans des matériaux d’emballage alternatifs (tissus, papiers, feuilles de banane et papyrus).

  1. Couverture forestière

Pour atteindre son objectif d’accroître la couverture forestière à 30% de la superficie totale d’ici 2020, le Rwanda a entrepris un reboisement massif et une campagne de plantation d’arbres, et de nouvelles mesures telles que l’agroforesterie et les programmes de formation en gestion forestière sont mises en œuvre. Ces efforts, ainsi que l’interdiction des sacs en plastique, ont valu à la nation un Prix de politique future de World Future en 2011.

  1. Restauration du couvert végétal

L’engagement du Rwanda à conserver l’environnement a également été observé grâce à la protection et à la restauration des écosystèmes dégradés tels que les zones humides, les lacs et les forêts naturelles. Des forêts telles que Nyungwe, Gishwati et Mukura ont été restaurées et mises à niveau dans les parcs nationaux. La promotion de ces parcs, qui abrite une grande variété de flore et de faune, a contribué à la croissance du secteur du tourisme qui est actuellement le principal pourvoyeur de devises étrangères, avec un revenu de 304,9 et 318 millions respectivement en 2014 et 2015. Située dans la partie nord du Rwanda, la zone humide de Rugezi (qui s’est asséchée en raison des activités humaines et du changement climatique) a été réhabilitée en 2005. Sa restauration a conduit à la récupération des niveaux d’eau, à l’augmentation de la production hydroélectrique dans les lacs Burera et Ruhondo et un coup de pouce pour le secteur de la pêche du pays. Pour cela, le Rwanda a reçu un Green Globe Award en 2010.

  1. Le Fonds vert

En tant que l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique, le Rwanda est très conscient des défis à relever. Par conséquent, pour atteindre sa vision d’une économie à faible intensité de carbone et résistant au changement climatique d’ici 2050, le Rwanda a créé le Fonds vert, un fonds d’investissement novateur, le plus important du genre en Afrique. Le fonds soutient les meilleurs projets publics et privés susceptibles de transformer les changements et qui appuient l’engagement du Rwanda dans la construction d’une économie verte. Le fonds a mobilisé environ 100 millions de dollars à ce jour et constitue un exemple de l’impact que le financement climatique bien géré peut avoir des résultats positifs.

  1. Politique verte

Pour qu’un pays puisse réaliser un développement durable, la dimension environnementale doit être prise en compte. Cela s’applique aux politiques, à la législation et aux programmes. Au cours des dernières années, le gouvernement rwandais a pris des mesures pour que le développement national soit en harmonie avec la protection de l’environnement. Grâce aux efforts du Rwanda visant à mettre l’environnement et le changement climatique au cœur de son développement, le Ministère des ressources naturelles du pays a récemment été éligible au Fonds international vert pour le climat. Ce qui aidera le pays à attirer des financements climatiques importants pour lui permettre de maintenir une croissance économique durable, à faible teneur en carbone et résistant au climat. Le Rwanda bénéficiera également d’un projet solaire hors-réseau de Green Climate Fund qui entraînera l’utilisation solaire en Afrique de l’Est grâce à un nouveau fonds d’investissement, KawiSafi, qui fournit équitablement aux entreprises de l’énergie propre. En tant que pays à forte croissance, le Rwanda a la possibilité d’abandonner les technologies anciennes et de recourir aux énergies renouvelables. Notons que le Rwanda dépend fortement du tourisme et, en éliminant les sacs en plastique,  promeut l’écotourisme et un environnement sain. En effet, 1,2 million de touristes ont visité le Rwanda en 2015, soit une augmentation de 5% l’année dernière. 8% soit 177 000 emplois au Rwanda sont dans le secteur du tourisme qui a généré 305 millions (USD) en 2016.

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